samedi 8 juin 2019

Proposition d'une nouvelle méthode pour animer des ateliers philo



Combien ai-je animé d'ateliers philo dans ma vie ? Plusieurs milliers, si j'inclue mes quinze années de café-philo hebdomadaires et mes vingt années de cours en terminale où j'enseignais davantage par la maïeutique que par cours magistral, sans compter les centaines de séminaires privés que j'ai proposés chez les particuliers, dans les familles et dans ma propre école de philosophie. 

Année après année j'ai toujours cherché à améliorer mon animation à partir des besoins des participants. Inspiré par mon travail sur l'Ethique de Spinoza et ma pratique du coaching intuitif, j'ai développé peu à peu une approche particulière pour faire pratiquer la philosophie d'une manière vivante et intéressante avec tous les publics. 

Dans cette approche j'invite chacun à s'intérioriser pendant un temps bref de méditation guidée avant de parler, puis à dialoguer d'abord à deux avec empathie de sa vie intérieure pour éclairer une question qui le touche personnellement. 

Ce n'est qu'après plusieurs échanges à deux que chacun peut témoigner de sa compréhension en groupe pour apporter sa contribution à la résolution d'une question pratique, plutôt qu'à argumenter et conceptualiser sur des thèses abstraites de manière impersonnelle comme on l'enseigne généralement en philosophie. 

Chaque participant est ainsi beaucoup plus actif, plus impliqué dans la réflexion, plus motivé à partager sa vision, et toujours valorisé dans ce qu'il apporte au groupe par son originalité et sa singularité.  

Il s'agit bien de philosophie, mais pratique et non théorique, concrète et non abstraite, vivancielle et non conceptuelle, personnelle et non impersonnelle, qui vise à mieux vivre et pas seulement mieux penser, ce que j'ai appelé de la "biosophie" il y a une dizaine d'années. Et c'est pour moi de la "vraie philosophie", celle que pratiquaient Socrate, Epicure, Montaigne, Nietzsche ou Franckl. 

Pour moi la philosophie est un exercice profondément personnel qui consiste à dialoguer ensemble de notre vie réelle en vue de progresser en sagesse afin de vivre dans un plus grand bonheur. Si elle induit des questionnements métaphysiques et épistémologiques, c'est dans la dimension éthique et politique du bien vivre ensemble qu'elle prend tout son sens, et cette dimension est éminemment affective, intuitive et créative. Si le sujet est l'amour, la justice ou la mort, c'est moins les concepts qui sont intéressants à discuter que les affects plus ou moins raisonnables que chacun éprouve face à ses sujets dans son expérience de la vie. 

Que ce soit avec des adultes, des adolescents ou des enfants, il est surtout primordial que les participants se sentent concernés personnellement par les questions en jeu. Et pour cela il est nécessaire d'apprendre à parler de son ressenti, ses sensations, ses émotions, ses besoins, ses désirs, ses valeurs pour développer son intelligence affective.

Dans cette perspective, la pratique de l'atelier philo demande bien de maîtriser la pensée conceptuelle, la capacité d'argumenter et de problématiser, mais elle demande plus encore d'apprendre à écouter puis à exprimer la vérité intuitive de ce que chacun vit sur le plan affectif en osant entrer dans l'intimité de notre pensée pour résoudre les questions existentielles qui sont essentielles pour améliorer notre qualité de vie avec toute notre créativité.

Constatant que les méthodes proposées en philosophie ne prennent quasiment pas en compte la dimension affective, intuitive et créative de la pensée, j'ai mis au point une nouvelle méthode qui permet de davantage les mobiliser, et j'ai constaté que les participants s'impliquaient davantage, notamment les plus jeunes, et surtout qu'ils en retiraient des bénéfices beaucoup plus grands en terme de mieux-être, d'estime de soi et de compréhension inter-subjective. Ces ateliers favorisent aussi énormément le développement des vertus éthiques comme la bienveillance, l'empathie, la tolérance, la solidarité... 

Le centre de cette méthode n'est pas de répondre à une question intellectuelle comme on le fait généralement en philosophie, mais d'apprendre à parler intimement de soi de manière à s'entraider dans la résolution de problématiques existentielles que chacun vit dans sa famille, son travail ou en société. C'est de s'accompagner dans la création d'un plus grand bonheur partagé. 

Pour les distinguer des ateliers philo classiques, j'ai décidé de les appeler des "ateliers de philo pratique" ou "ateliers du Mieux Etre", et je vais bientôt proposer une formation pour en transmettre les bases, avec un stage pour apprendre la méthode et un stage de retour sur pratique, ainsi que des supervisions individuelles.  

Voilà comment je les présente : 

Un atelier de Philo pratique (ou Atelier du Mieux Etre) est un cercle de parole bienveillante qui invite les participants à s’accompagner les uns les autres dans la recherche de solutions aux difficultés de la vie quotidienne.

Fondé sur une méthode de philosophie pratique inspirée de Spinoza, il consiste à activer la joie d’interagir pour mieux se connaître et s’épanouir ensemble. 
  
Sa pratique permet de développer l’intelligence affective, de prévenir la violence et d’améliorer la qualité de vie dans les familles et les organisations.  

Son but est de développer la conscience éthique dans un esprit de liberté, d’égalité et de fraternité.  

Accessible à tous depuis l’enfance, l’Atelier Philo du Mieux Être peut être pratiqué de l’école à la maison de retraite en passant par les associations, les centres culturels, les universités, les entreprises, les hôpitaux, les prisons… 

Véritable pédagogie de l’art de vivre ensemble, il offre un espace d’éducation à la responsabilité qui invite chacun à s’engager activement dans la création d’un monde plus juste et plus heureux. 


Je suis intéressé de connaître les réactions par rapport à cette initiative et disponible pour proposer des animations et des formations partout où cela sera possible.





vendredi 8 mars 2019

Créer une Ecole de Sagesse accessible à tous de l'enfance à la mort

Jamais rien ne m'est apparu plus nécessaire et urgent que de créer des écoles de sagesse : des espaces de loisir éducatif qui soient accessibles gratuitement à tous, de l'enfance à la mort, pour aider tous ceux qui en sentent l'élan de traverser les épreuves de l'évolution spirituelle et de s'épanouir corps et âme dans la joie et la sérénité, pour le bonheur de tous, vers une vie de plus en plus évoluée, de plus en plus belle et sacrée. 

J'imagine de superbes maisons de la sagesse dans les villes, des espaces dédiés dans les villages pour organiser des ateliers de pratique, des cercles, des fêtes et des agapes. J'imagine des retraites en famille ou par profession dans de magnifiques lieux de nature pour approfondir toutes les compétences qui permettent d'apprendre à se réaliser, à cultiver les vertus humaines et à bien vivre ensemble, comme nous le vivons en Joya.

Des lieux de vie de toute beauté dédiés à la sagesse comme art de se connaître et de savourer la vie, pour que chaque être puisse y grandir en discernement et en humanité, en intelligence et en bonté, en santé et en liberté, vers toujours plus de fraternité et d'allégresse. 

Des écoles pour y accomplir la tâche essentielle de l'éducation !  

Voilà la responsabilité suprême des éducateurs, qu'ils soient parents, enseignants ou simple citoyens. Participer au mouvement émergent d'éveil des consciences. C'est la responsabilité des adultes envers les enfants, des plus évolués envers les moins évolués, des maîtres envers les novices, des disciples plus avancés envers les disciples moins avancés. Transmettre le savoir être qui permet le bien vivre ensemble. Eveiller la sagesse naturelle qui dort en l'humain, et pour cela le guérir de son ignorance, sa bêtise et sa folie. 

Il ne peut y avoir une école de la confiance qui ne soit d'abord une école de la sagesse. Et une école de la sagesse doit d'abord être une école de philosophie comprise comme une école de vie, apprenant l'art de penser en vue de l'art de vivre dans le respect des lois de la nature, animé par la saine raison, en intelligence avec la source créatrice de toute chose, peu importe le nom qu'on lui donne.

Comment créer des écoles de ce genre dans la société actuelle tellement aveugle, indifférente, insensible à la valeur suprême de la sagesse ? Avec qui, comment, où oeuvrer ? Qui sent comme moi que c'est là notre plus nécessaire et urgente mission dans ce vieux monde d'illusions qui s'écroule de semer les graines du nouveau monde basé sur la vérité?   







   

mercredi 30 janvier 2019

Et si Spinoza avait raison ?



Et si c'est Spinoza qui avait raison? Si le monde était bien tel qu'il le conçoit, divin par nature, sans créateur extérieur et sans but futur? Si l'homme était bien tel qu'il le décrit, naturellement parfait et dénué de tout libre arbitre? Si le bonheur était bien tel qu'il le démontre, une joie d'exister accessible à tous par le seul moyen de l'éveil de conscience? Si la démocratie était bien telle qu'il la pense, une association d'hommes libres n'admettant aucune autre autorité supérieure que leur volonté générale ? Si la philosophie était bien telle qu'il la pratique, un raisonnement purement intuitif qui permet à tous d'atteindre avec certitude la vérité, la liberté et la sagesse ? 

Cela voudrait dire que tout ce que la quasi-totalité d'entre nous croyons au sujet du monde, de l'homme, du bonheur, de la démocratie et de la philosophie est pour l'essentiel erroné. Cela voudrait aussi dire que toute la civilisation occidentale égotique est fondée sur des illusions et qu'elle ne peut donc que s'écrouler face à l'épreuve du réel.  

Nous pensons que le monde a été créé et qu'il évolue vers un but. C'est faux, explique Spinoza : le monde se crée lui-même à chaque moment sans autre but que d'éprouver la joie de s'auto-créer dans le grand jeu de la vie cosmique. 

Nous pensons que l'homme est très imparfait, qu'il doit s'améliorer par rapport à son état de nature et qu'il possède une volonté dotée d'un libre arbitre qui le rend responsable de ses actes. C'est faux, affirme Spinoza. L'homme est naturellement parfait, quoiqu'il fasse, et personne ne décide d'aucune de ses pensées car tout ce qui arrive dans la nature arrive de manière nécessaire en obéissant à des lois éternelles, y compris les actions humaines, de la plus folle à la plus sage.

Nous pensons que le bonheur demande beaucoup de travail, d'actions, de possessions, de conditions, qu'il est quasiment impossible ou très difficile à atteindre, seulement réservé à une élite, et toujours fragile et incertain. C'est faux, démontre Spinoza. Le seul véritable bonheur est offert à tous gratuitement à tout moment avec aucun travail, sans conditions si ce n'est la libération de toutes les illusions qui nous empêchent de ressentir la paix et la joie permanentes d'être ce que nous sommes. 

Nous pensons que la démocratie est le gouvernement d'une poignée d'élus sur le peuple pour faire régner un ordre supposé juste par la force. C'est faux ! La seule vraie démocratie est le gouvernement de tous par tous pour faire régner partout la vraie justice de conditions de vie heureuse pour tous sans que nul n'aie le droit d'utiliser la force pour aller contre la vraie liberté de ceux qui sont dirigés par la raison. 

Nous pensons que la philosophie est une libre discussion dans laquelle chacun peut penser ce qu'il veut et adhérer à toutes les opinions possibles pourvu qu'il puisse les argumenter, mais dont aucune vérité absolue ne peut surgir. Faux et archi-faux ! La philosophie est la compréhension intuitive et universelle de la nature qui amène la sagesse en dépassant les opinions et les convictions des uns et des autres. 

Comprendre cela comme des évidences permet de mesurer l'énorme révolution proposée par Spinoza il y a plus de 3 siècles et toujours à venir. Si Spinoza a raison, nous pouvons changer de politique, d'économie, d'éducation, de religion, de science, d'art et de morale pour les remettre dans le sens de la nature et de la vie.  

Nous pouvons surtout nous éveiller individuellement à la merveille des merveilles : nous sommes Dieu qui s'amuse à se faire croire qu'il est un humain limité en jouant avec nous comme avec des marionnettes. Et enfin commencer à vivre pleinement, en assumant notre puissance créatrice divine de marionnettes éveillées à leur véritable nature. Bien agir et être dans la joie.